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Titre : _Le Poids du Silence*_ *Roman de sensibilisation pour collégiens/lycéens**Chapitre 1 - Deux traits roses* _Novembre, Lycée Municipal de Koumassi_La sonnerie de 8h avait retenti depuis dix minutes, mais Salimata était encore enfermée dans la troisième cabine des toilettes des filles. Assise sur le couvercle fermé, jean baissé sur les cuisses, elle fixait le petit bâton en plastique posé sur le dérouleur de papier. Deux traits roses. Nets. Impossibles à nier. Elle avait 16 ans, 4 mois et 12 jours. En Première A2. Elle voulait devenir journaliste. Elle écrivait des poèmes en cachette et rêvait de présenter le JT de 20h. Pas de changer des couches à 17 ans. Le père, c’était Adama. Terminale D. Le beau gosse du lycée, basketteur, toujours entouré. Il lui avait offert son premier baiser sous le manguier derrière la salle des profs, en septembre. Il lui avait dit : "T’inquiète Sali, je fais attention." Il n’avait pas fait attention. Et depuis qu’elle lui avait envoyé "j’ai 2 semaines de retard" sur WhatsApp, il avait lu et plus jamais répondu. Vu à 14h32. Dans la cour, la vie continuait. Bintou, sa meilleure amie, hurlait de rire avec les autres. M. Koffi, le prof de philo, traversait la cour avec ses éternelles chemises trop grandes. Et Moussa, en 3ème, faisait son commerce près du portail. Des "bonbons pour être fort en interro", disait-il. Tout le monde savait que c’était du Tramadol. Salimata tira la chasse, même si elle n’avait rien fait. Juste pour couvrir le bruit de ses larmes. Elle cacha le test au fond de son sac, sous son cahier de français. Elle se regarda dans le miroir fêlé : cernes, lèvres sèches. Elle ressemblait à sa mère à 30 ans. Sa mère qui avait eu son premier à 17 ans, justement. Qui avait arrêté l’école en 3ème. Qui répétait : "Ma fille, tombe pas enceinte tôt comme moi hein. L’école d’abord." Premier cours : mathématiques. M. Diabaté écrivait des équations au tableau. Salimata n’y voyait que les deux traits roses. X + Y = problème. X = elle. Y = bébé. Résultat = vie foutue ? À 10h, pause. Bintou l’attrapa par le bras. "Mais tu fais peur Salimata ! T’es toute blanche. Tu couves quoi ?" Salimata ouvrit la bouche. Aucun son ne sortit. Comment on dit "je suis enceinte" à 16 ans ? Comment on dit "le père de mon enfant prend de la drogue et il me ghoste" ? C’est à ce moment que Moussa s’approcha. Il avait 15 ans mais des yeux de vieux de 40 ans. "Salimata, ça va pas on dirait. Tiens, cadeau." Il lui tendit un cachet blanc. "Tu prends ça, dans 20 minutes tu penses plus à rien. Adama, il prend ça aussi. Ça l’aide pour le bac." Salimata regarda le cachet. Petit, rond, innocent. Adama en prenait. Voilà pourquoi il dormait en cours. Voilà pourquoi il avait maigri. Voilà pourquoi il ne répondait plus. Elle pensa au bébé. Deux mois. Si petit qu’il tenait dans une main. Si elle prenait le cachet, qu’est-ce qui se passait pour lui ? Elle repoussa la main de Moussa. "Non. Laisse-moi." Moussa haussa les épaules. "Comme tu veux. Mais les problèmes, ils partent pas tout seuls hein." À 12h, au lieu d’aller à la cantine, Salimata prit le couloir de l’infirmerie. Sur la porte, une affiche : _Parler, c’est déjà se soigner_. Elle toqua. Une fois. Deux fois. Mme Awa ouvrit. 50 ans, blouse blanche, regard doux. "Entre ma fille. Tu as l’air d’un fantôme." Salimata ferma la porte derrière elle. Elle posa son sac sur la chaise. Ses mains tremblaient quand elle sortit le test. "Madame... je crois que j’ai un gros problème." Mme Awa prit le test. Elle ne sursauta pas. Elle ne jugea pas. Elle posa juste une main sur celle de Salimata. "Le seul gros problème, ma fille, ce serait que tu restes seule avec ça. Assieds-toi. On va parler."Dehors, la sonnerie de 13h retentit. Les cours reprenaient. Mais pour Salimata, le vrai cours commençait maintenant : celui de la vie d’adulte, arrivé 5 ans trop tôt.
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---*Titre : _Le Poids du Silence*_ *Roman de sensibilisation pour collégiens/lycéens**Chapitre 1 - Deux traits roses* _Novembre, Lycée Municipal de Koumassi_La sonnerie de 8h avait retenti depuis dix minutes, mais Salimata était encore enfermée dans la troisième cabine des toilettes des filles. Assise sur le couvercle fermé, jean baissé sur les cuisses, elle fixait le petit bâton en plastique posé sur le dérouleur de papier. Deux traits roses. Nets. Impossibles à nier. Elle avait 16 ans, 4 mois et 12 jours. En Première A2. Elle voulait devenir journaliste. Elle écrivait des poèmes en cachette et rêvait de présenter le JT de 20h. Pas de changer des couches à 17 ans. Le père, c’était Adama. Terminale D. Le beau gosse du lycée, basketteur, toujours entouré. Il lui avait offert son premier baiser sous le manguier derrière la salle des profs, en septembre. Il lui avait dit : "T’inquiète Sali, je fais attention." Il n’avait pas fait attention. Et depuis qu’elle lui avait envoyé "j’ai 2 semaines de retard" sur WhatsApp, il avait lu et plus jamais répondu. Vu à 14h32. Dans la cour, la vie continuait. Bintou, sa meilleure amie, hurlait de rire avec les autres. M. Koffi, le prof de philo, traversait la cour avec ses éternelles chemises trop grandes. Et Moussa, en 3ème, faisait son commerce près du portail. Des "bonbons pour être fort en interro", disait-il. Tout le monde savait que c’était du Tramadol. Salimata tira la chasse, même si elle n’avait rien fait. Juste pour couvrir le bruit de ses larmes. Elle cacha le test au fond de son sac, sous son cahier de français. Elle se regarda dans le miroir fêlé : cernes, lèvres sèches. Elle ressemblait à sa mère à 30 ans. Sa mère qui avait eu son premier à 17 ans, justement. Qui avait arrêté l’école en 3ème. Qui répétait : "Ma fille, tombe pas enceinte tôt comme moi hein. L’école d’abord." Premier cours : mathématiques. M. Diabaté écrivait des équations au tableau. Salimata n’y voyait que les deux traits roses. X + Y = problème. X = elle. Y = bébé. Résultat = vie foutue ? À 10h, pause. Bintou l’attrapa par le bras. "Mais tu fais peur Salimata ! T’es toute blanche. Tu couves quoi ?" Salimata ouvrit la bouche. Aucun son ne sortit. Comment on dit "je suis enceinte" à 16 ans ? Comment on dit "le père de mon enfant prend de la drogue et il me ghoste" ? C’est à ce moment que Moussa s’approcha. Il avait 15 ans mais des yeux de vieux de 40 ans. "Salimata, ça va pas on dirait. Tiens, cadeau." Il lui tendit un cachet blanc. "Tu prends ça, dans 20 minutes tu penses plus à rien. Adama, il prend ça aussi. Ça l’aide pour le bac." Salimata regarda le cachet. Petit, rond, innocent. Adama en prenait. Voilà pourquoi il dormait en cours. Voilà pourquoi il avait maigri. Voilà pourquoi il ne répondait plus. Elle pensa au bébé. Deux mois. Si petit qu’il tenait dans une main. Si elle prenait le cachet, qu’est-ce qui se passait pour lui ? Elle repoussa la main de Moussa. "Non. Laisse-moi." Moussa haussa les épaules. "Comme tu veux. Mais les problèmes, ils partent pas tout seuls hein." À 12h, au lieu d’aller à la cantine, Salimata prit le couloir de l’infirmerie. Sur la porte, une affiche : _Parler, c’est déjà se soigner_. Elle toqua. Une fois. Deux fois. Mme Awa ouvrit. 50 ans, blouse blanche, regard doux. "Entre ma fille. Tu as l’air d’un fantôme." Salimata ferma la porte derrière elle. Elle posa son sac sur la chaise. Ses mains tremblaient quand elle sortit le test. "Madame... je crois que j’ai un gros problème." Mme Awa prit le test. Elle ne sursauta pas. Elle ne jugea pas. Elle posa juste une main sur celle de Salimata. "Le seul gros problème, ma fille, ce serait que tu restes seule avec ça. Assieds-toi. On va parler."Dehors, la sonnerie de 13h retentit. Les cours reprenaient. Mais pour Salimata, le vrai cours commençait maintenant : celui de la vie d’adulte, arrivé 5 ans trop tôt.
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